La Louve
Plate-forme : Bande Dessinée
Date de sortie : 05 Avril 2017
Résumé | Test Complet | Images | Actualité
Editeur :
Développeur :
Genre :
Bande dessinée
Multijoueur :
Non
Jouable via Internet :
Non
Test par

Nic007


8/10

Scénario et dessin : Lorenzo Palloni
Couleurs : Luca Lenci

La Louve s’appelle Ginger. Son nom de scène, si on veut. Ginger encaisse pour le compte du docteur Sannicola. Ou plutôt : anticipe les encaissements – en numéraire uniquement – en rappelant à leurs obligations les obligés de ce docteur qu’on ne verra jamais, le plus souvent à coup de gants lestés de plomb, de bidons de liquide inflammable ou de tous autres objets contondants capables de convaincre les retardataires de régler leurs dettes. Passer à la caisse pour ne pas trépasser. Intérêts compris, cela va sans dire. Si le personnage est intéressant, ce n’est pas tant par ses agissements (les encaisseurs de la pègre sont légion dans le monde du polar) que par son profil, pas si courant : elle est une femme, et séduisante qui plus est. Mais c’est aussi et surtout parce que La Louve, tout en conduisant au jour le jour – quoiqu’assez souvent la nuit, aussi – ses répréhensibles activités, s’efforce de mener de front une vie de famille « normale », avec mari aimant (trop autocentré et absorbé par ses propres activités pour soupçonner de quoi il retourne) et enfants à bichonner. Bref, Ginger possède bien deux faces, parfaitement distinctes et cloisonnées l’une de l’autre, et sans qu’aucune ne prenne le pas pour de bon sur l’ordonnancement de sa vie. Enfin, jusqu’à un certain point.

Comment Ginger s’y prend-elle pour préserver l’étanchéité de ses deux vies ? Pour supporter de rentrer retrouver son enfant après avoir vu pleurer celui du pauvre type qu’elle vient de passer à tabac ? Pour préserver en elle-même un capital d’empathie envers son mari malade ? Bref pour encaisser comme il le faut, dans tous les sens du terme – et tenir à distance la pitié, cet ennemi mortel ? Servi par un format long (près de 180 planches) qui lui donne le temps d’installer ses personnages, Lorenzo Palloni excelle à cet exercice de compte-rendu clinique et brutal, à travers un récit tendu organisé en chapitres courts, dégraissé de tous dialogues superflus, allégé de tout pathos. La répétition obstinée des formes (des planches carrées organisées en gaufriers de neuf cases exactement, exception faite de l’image de chute, traitée pleine page) participe de la séduction paradoxale de cette histoire dure, au plus près du réel. Et la voix de la Louve, bien sûr, s’avèrera aussi désespérante que les existences de ses victimes. Qui perd perd, absolument.

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VERDICT

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La Louve s'intéresse à une femme apparemment sans histoire mais qui mène une double vie trépidante. Un récit sombre et séduisant.

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