Maudite baleine
Plate-forme : Bande Dessinée
Date de sortie : 04 Février 2022
Résumé | Test Complet | Images | Actualité
Editeur :
Développeur :
Genre :
Bande dessinée
Multijoueur :
Non
Jouable via Internet :
Non
Test par

Nic007


8/10

Scénario et dessin : Walter Chendi

La première chose à laquelle on pense lorsqu'on termine la lecture de Maudite baleine (Maledetta Balena, publié en Italie en 2016 aux éditions Tunué), le dernier ouvrage de Walter Chendi, c'est qu'on aimerait disposer de beaucoup plus de pages, dans le vain espoir de pouvoir poursuivre cette immersion dans les séquences d'une bande dessinée au fort parfum de nostalgie. Il s'agit donc aussi d'une histoire passionnante, qui tient jusqu'à la dernière page les promesses initiales. Ou, pour le dire plus simplement, le roman graphique est aussi bon qu'une nouvelle œuvre d'un auteur que l'on attend depuis longtemps, avec des hauts et des bas. Cela dépend de vos attentes : une attente différente de celle que vous pouvez ressentir pour une BD de super-héros ou de monstres géants. Habituellement, on dit qu'à un certain moment de leur carrière artistique, les auteurs de bandes dessinées (c'est-à-dire les auteurs complets de leurs œuvres) ressentent le besoin de revenir en arrière et de redécouvrir les racines - même biographiques - qui ont formé leur art. Peut-être ce postulat n'est-il pas toujours immédiatement applicable, mais ce qui vient à l'esprit quand on lit Maudite baleine, c'est que l'auteur a décidé de se lancer à corps perdu dans la redécouverte de ses racines. Et ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose. Parce que dans cette histoire, on peut tout trouver : l'aventure et les reconstitutions historiques, l'amour et le sexe, la philosophie et la tragédie, la souffrance et la maladie, mais aussi l'ironie et la légèreté. Ils peuvent sembler être des ingrédients trop différents les uns des autres s'ils sont mal préparés, mais s'il existe un dessinateur capable de cuisiner - comme Giovanni Dardini, le chef étoilé de l'histoire - des plats différents de la bonne manière, c'est bien Walter Chendi. Sans parler de la qualité des dessins : on a l'impression de les avoir déjà vus quelque part, de deviner vaguement le style à travers les dictats d'auteurs de la trempe de Vittorio Giardino et Bryan Talbot, mais la vérité est que la qualité esthétique de l'œuvre du dessinateur triestin (lauréat en 2010 du prestigieux prix " Gran Guinigi " avec le roman graphique La Porta di Sion) devient immédiatement un classique instantané. Une esquisse efficace et détaillée, associée à une attention minutieuse aux détails, dans laquelle on ne peut s'empêcher de remarquer une sorte de distanciation - par rapport aux autres œuvres de Chendi - par rapport à la ligne claire, qui est indubitablement française.

Le scénario, de cette manière, devient aussi une virtuosité qui n'est en rien gratuite : chaque plan, aussi flagrant qu'il puisse paraître superflu, est toujours au service de la narration de l'histoire. Les choix de mise en scène ne sont donc pas faits comme une simple frivolité esthétique. Il suffit de jeter un coup d'œil à la double piste dans laquelle se déroule l'histoire : le protagoniste est Giovanni Dardini, un homme de quatre-vingts ans qui vit les derniers jours de sa vie dans un lit d'hôpital, où, dans une suspension onirique mais tout aussi réelle, il commence à revivre les souvenirs aventureux de sa jeunesse, pendant la Seconde Guerre mondiale, en tant que cuisinier sur un navire-hôpital. Et c'est précisément dans ce double parcours que la qualité du scénario prend tout son sens : dans les moments de "vieillesse" lucide, en effet, la vision du récit est offerte presque entièrement en vue subjective, obligeant le lecteur à observer la réalité de la même manière que le protagoniste mourant la vit. En même temps, dans une direction complètement opposée, voici le même protagoniste qui devient "jeune" - dans ses aventures pendant la guerre - placé et encadré au centre de la scène : il n'est pas rare que l'on soit ainsi projeté dans une suspension ambiguë entre rêve et réalité. La consistance des souvenirs, pour ne faire qu'un exemple, prend des connotations de plus en plus nébuleuses, sauf à se retrouver avec quelques cercles rouges dessinés au centre des vignettes et qui deviennent de plus en plus consistants de page en page : on se réveille alors du rêve et on découvre que ces maudits cercles ne sont rien d'autre que la lumière d'une petite torche, utilisée par une infirmière pour réveiller le patient mourant. On en revient donc à la réalité du lit d'hôpital et aux subjectivités du protagoniste âgé. Les hallucinations et les délires, alternant avec une vérité concrète et tangible, nous permettent de sortir avec le même protagoniste dans deux périodes historiques différentes : deux réalités qui se combattent pour ne jamais baisser la garde, même si elles finissent évidemment par devenir elles-mêmes devant nous. En conclusion, si vous voulez vraiment lui trouver un petit défaut, il est indéniable que - du fait de la nature même de l'histoire - Maudite baleine a quelques moments au rythme un peu lourd. Mais à d'autres, il brûle d'une chaleur que vous ne pouvez éteindre d'aucune façon. Comme des petits cercles rouges qui s'insinuent dans votre tête.

VERDICT

-

Deux histoires qui parcourent ensemble la même route : Maudite baleine raconte l'histoire d'un protagoniste suspendu dans le contrepoint temporel entre la vieillesse et la jeunesse, ainsi que la lutte pour la survie et la défaite de la mort, à travers un double parcours narratif qui parvient à concilier une expérience de lecture intime et personnelle. De nombreux mystères entourent le personnage et les quelques membres de l'équipage dans un montage captivant entre présent et souvenirs lointains. Excellents dessins et belle édition reliée.

© 2004-2024 Jeuxpo.com - Tous droits réservés