Sakamoto Days tome 19
Plate-forme : Bande Dessinée
Date de sortie : 01 Octobre 2025
Résumé | Test Complet | Actualité
Editeur :
Développeur :
Genre :
Bande dessinée
Multijoueur :
Non
Jouable via Internet :
Non
Test par

Nic007


8/10

Scénario et dessin : Yuto Suzuki

Sakamoto Days est une série toujours en cours de parution au Japon et qui a connu vingt-trois tomes à ce jour aux éditions Shueisha. Comme John Wick l'a découvert, on ne quitte jamais le syndicat du crime. Il faut parfois du temps pour que ce sombre passé vous rattrape. Mais laissez-vous cette époque violente et révolue vous engloutir à nouveau, ou faites-vous de votre mieux pour embrasser votre nouvelle vie aussi étroitement que possible ? Si vous êtes un peu comme le personnage principal de Sakamoto Days, la réponse est évidente. Nouvelle série de l'auteur de manga Yuto Suzuki, Sakamoto Days suit le quotidien de Taro Sakamoto. Il était autrefois un ancien tueur à gages, jusqu'à ce qu'il tombe amoureux d'une fille et mette de côté son côté violent. Mais alors qu'il s'est habitué (et engraissé) à sa nouvelle vie de vendeur, le tueur à gages clairvoyant Shin le retrouve et le supplie de revenir dans le syndicat du crime. C'est alors que des personnes du sombre passé de Sakamoto commencent à apparaître, l'ancien tueur à gages faisant tout ce qu'il peut pour sauver sa famille et lui-même par tous les moyens non létaux nécessaires. Shin se retrouve bientôt à travailler aux côtés de Sakamoto à la supérette, où ils doivent trouver un équilibre entre servir la population et éviter une mort certaine. On apprend rapidement pourquoi Sakamoto a laissé son passé derrière lui, et ce n'est pas simplement parce qu'il s'est marié et a eu un enfant. Sans aller à l'encontre des "règles de la famille", Sakamoto et Shin doivent trouver comment résoudre tous les problèmes qui se posent à eux. Heureusement, il leur suffit de ne tuer personne ; on n'a jamais dit qu'on ne pouvait pas être violent !

Le tome 19 de Sakamoto Days marque un tournant dans la série de Yuto Suzuki. Alors que les volumes précédents nous plongeaient dans le tourbillon de l'arc du Musée national, celui-ci offre un dénouement brutal mêlant révélations douloureuses, duels impossibles et le sentiment que le fragile équilibre entre passé et présent est désormais rompu. Le volume s'ouvre sur un thème qui planait sur l'intrigue depuis un certain temps : la véritable nature d'Uzuki et l'émergence de Rion comme personnalité alternative. Dans un brillant retour en arrière, Lu Wutang explique à Sakamoto comment un traumatisme prolongé et un stress insoutenable ont fragmenté la psyché de son vieil ami, le conduisant à un trouble dissociatif de l'identité. Ce qui, ailleurs, pourrait passer pour une excuse devient ici un procédé narratif qui humanise l'antagoniste, révélant que derrière la violence déchaînée se cache une blessure jamais guérie. La confrontation entre Nagumo, Asaki et Rion-Slur est l'un des moments les plus troublants de ce volume. Asaki ordonne son élimination sans hésiter, reconnaissant avoir « vu Rion mourir par le passé », révélant ainsi sa propre conscience du traumatisme. Pour Nagumo, cependant, l'apparition de Rion dans le corps d'Uzuki soulève des questions impossibles : est-elle une alliée, une ennemie, un écho du passé, ou simplement un fruit de l'esprit perturbé d'Uzuki ? La tension explose lorsque Sakamoto fait irruption, s'abattant littéralement sur Asaki, dans une entrée mêlant humour physique et drame. La conversation qui suit avec Rion-Slur est bouleversante : elle avoue avoir mis la tête de Sakamoto à prix pour forcer quelqu’un à tuer Uzuki, persuadée que c’est la seule issue. Cependant, ni Nagumo ni Sakamoto ne peuvent accepter cette idée. Suzuki maîtrise avec brio l’ambiguïté morale de cette situation : tuer un ami pour sauver le monde, ou continuer d’espérer la rédemption même si les chances sont infimes ? Pendant ce temps, l'une des scènes les plus spectaculaires du manga se déroule : l'apparition de Takamura dans un bain public, éliminant les espions de X avec une facilité déconcertante. La violence est brutale, chirurgicale et sans fioritures, démontrant pourquoi ce vieil homme d'apparence sénile est en réalité l'un des assassins les plus redoutés de l'histoire. Son arrivée sur la scène principale déclenche le véritable point culminant : une confrontation directe avec Sakamoto. Le combat entre les deux est tout simplement épique. Suzuki transforme chaque mouvement en un spectacle visuel époustouflant : des katanas tranchant les piliers des immeubles, des coups de pied projetant les corps à travers les murs, des balles bloquées par des lames aiguisées par ces mêmes balles. La chorégraphie est si intense que le spectateur ressent la violence de chaque impact. De plus, le retour de « Sakamoto le maigre », cette version acérée et mortelle du protagoniste, offre un contraste saisissant entre l’homme qui a renoncé à la violence et le tueur implacable qui sommeille encore en lui.

Ce qui est fascinant, c'est que, même au sommet de sa puissance, Sakamoto reconnaît que Takamura le surpasse. Cet aveu accentue la menace et souligne l'importance de l'enjeu : nous sommes confrontés à un ennemi qui incarne l'art de tuer à son apogée. L'histoire bascule dans le désespoir. Haruma se sacrifie pour protéger Uzuki, avant d'être brutalement tranché en deux par Takamura. Gaku, animé d'une énergie chaotique, parvient à arracher l'œil de Takamura dans un geste désespéré, mais il trouve lui aussi la mort. Ces scènes ne sont pas gratuites : chaque chute est lourde de sens car elle est liée à des souvenirs d'enfance à l'orphelinat Al-Kamar, qui ressurgissent sous forme de flash-backs mélancoliques. Uzuki, entouré des corps de ses camarades d'armes, revit la douleur de la perte de Rion et du reste de sa « famille ». C’est précisément à ce point de rupture émotionnelle que se produit le retournement de situation le plus choquant du volume : la création d’une nouvelle personnalité au sein d’Uzuki, inspirée par les derniers actes de Takamura. Ainsi naît « Takamura-Uzuki », une fusion terrifiante qui symbolise le pire du passé et la plus grande menace du présent. Pour Sakamoto et Nagumo, blessés et épuisés, assister à cette naissance revient à voir le monstre ultime prendre forme. Après la destruction du musée, le récit marque une pause pour montrer les conséquences. Sakamoto se réveille dans la boutique de Grand-mère Miya, où Shin le protège. La nouvelle est terrible : lui, Nagumo et Uzuki sont tous trois considérés comme des cibles prioritaires, accusés d'être responsables de la destruction du musée. L'apparition de Sakamoto au journal télévisé de STV, qualifié de traître, marque un tournant dans la série. Entre-temps, Oki rentre au pays et prend la tête de l'Ordre avec l'intention de restaurer son prestige. Pour ce faire, il recrute deux nouveaux membres : Torres, un joueur compulsif criblé de dettes mais doté d'un pouvoir troublant, et Tanabata, un musicien meurtrier qui compose des chansons sur ses victimes. Leurs performances, l'une dans une salle de pachinko et l'autre lors d'un concert mortel, apportent la touche bizarre et macabre qui caractérise Sakamoto Days . Le volume culmine dans un contraste saisissant : tandis que l’Ordre réorganisé se lance à la recherche de Sakamoto, ce dernier tente de retrouver un instant de normalité pour fêter l’anniversaire de sa fille Hana. L’épisode du gâteau gâché en est une métaphore parfaite : malgré tous ses efforts, son quotidien restera à jamais marqué par la violence qui le hante.

VERDICT

-

Le tome 19 de Sakamoto Days est un des sommets de la série à ce jour. Entre morts choquantes, combat inoubliable et l'introduction d'un nouvel antagoniste qui multiplie les menaces, Suzuki démontre sa capacité à réinventer son manga sans en altérer l'essence. Le mélange d'action palpitante, d'humour noir et de drame poignant atteint ici un équilibre parfait, faisant de ce volume un incontournable.

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