Scénario et dessin : Yoshiaki
Rai Rai Rai (Rairairai) est un manga toujours en cours de parution au Japon et qui a connu six tomes à ce jour aux éditions Shogakukan. Sumire Ichigaya, une exterminatrice extraterrestre, vit au jour le jour. Endettée jusqu'au cou et contrainte d'accepter des missions périlleuses pour payer des factures impossibles, sa vie bascule lorsqu'elle est enlevée par un OVNI. À son réveil, elle découvre qu'elle a été transformée… physiquement. Son bras droit a été remplacé par un membre extraterrestre massif, doté de sa propre conscience, de sa propre voix et d'une absence totale de filtre. À partir de ce moment, Sumire doit non seulement faire face à de dangereuses créatures spatiales, mais aussi à un parasite importun qui lui parle constamment, l'empêche de se faire discrète et l'entraîne dans un chaos qui défie toute logique.
Le deuxième volume de Rai Rai Rai consolide cette série comme l'une des propositions les plus intéressantes du shônen contemporain avec des touches de science-fiction. L'héroïne, Ichigaya Sumire, demeure le cœur émotionnel du récit. Après avoir découvert dans le premier tome qu'elle possède une force immense conférée par un extraterrestre nommé Duskin, Sumire rejoint l'unité spéciale Raiden 5, chargée d'exterminer les créatures cosmiques qui menacent la survie de l'humanité. Le dilemme central de ce volume réside dans l'incapacité de la jeune femme à maîtriser son pouvoir, ce qui fait d'elle une arme à double tranchant, tant pour ses alliés que pour ses ennemis. Cette lutte pour le contrôle est à la fois physique et psychologique : Sumire vit dans la crainte constante de se perdre en devenant une force destructrice. L'un des aspects les plus intéressants réside dans la manière dont il aborde l'entraînement extrême que subit Sumire. La Raiden Corporation, dans une tentative désespérée de canaliser ses pouvoirs, l'envoie dans une zone interdite où l'héroïne doit affronter des épreuves bien plus éprouvantes que de simples combats contre de la vermine. Ce décor sert non seulement de champ de bataille, mais aussi de métaphore de l'isolement : Sumire, bien qu'entourée de monde, ne s'est jamais sentie aussi seule ni aussi vulnérable. La tension narrative de ces séquences rappelle les meilleurs mangas sh?nen de survie, avec une interaction constante entre action frénétique et drame intérieur. Mais ce qui élève véritablement ce deuxième tome, c'est le développement des personnages secondaires. Hazuki, qui avait déjà conquis les lecteurs dans le volume précédent, occupe ici le devant de la scène. Au-delà de ses talents de combattante, on découvre des aspects intimes de sa personnalité : ses motivations, ses loisirs et la façon dont elle observe Sumire, avec un mélange d'inquiétude, d'affection et de frustration. La relation entre les deux devient le véritable cœur de ce volume, un lien subtil qui confère une dimension humaine au récit. Le contraste entre la force apparente d'Hazuki et ses faiblesses intérieures enrichit considérablement l'œuvre.
Un autre personnage qui prend de l'importance est Kiyoharu Utagawa, une figure intimidante dont le rôle initial semble être celui de l'antagoniste intérieur poussant Sumire à bout. Cependant, le scénario de Yoshiaki prend soin de ne pas le présenter comme un méchant unidimensionnel : ce qui apparaît comme de la cruauté est en réalité l'accomplissement d'un devoir, la nécessité d'obéir aux ordres dans un système qui considère Sumire comme une bombe atomique ambulante. L'ambiguïté morale qui entoure Kiyoharu génère une tension fascinante, car elle oblige le lecteur à se demander qui est le véritable monstre : la jeune fille incapable de maîtriser son pouvoir ou les adultes qui choisissent de la manipuler sans remords. Et puis il y a Duskin, l'entité extraterrestre qui lui a conféré ses pouvoirs. Dans ce volume, Duskin revient avec une apparence plus accessible, voire attachante, grâce à son nouveau design, sans pour autant perdre son aura de mystère, et sa relation avec Sumire s'intensifie. Ce qui, dans le premier tome, apparaissait comme une prémisse saisissante – une jeune fille ordinaire entraînée dans une lutte impossible contre des menaces extraterrestres – se transforme ici en un récit plus sombre, plus mature et d'une grande complexité émotionnelle. Rai Rai Rai Vol. 2 explore les limites du pouvoir, la fragilité de la condition humaine et le prix de la différence dans un monde qui cherche à contrôler et à exploiter ce qu'il ne comprend pas. Du point de vue narratif, le tome 2 de Rai Rai Rai adopte un rythme plus équilibré que le premier. Si certains lecteurs peuvent trouver l'histoire un peu lente, cette pause judicieuse permet d'explorer les personnages et les intrigues sans recourir à des scènes d'action gratuites. La structure est claire : entraînement, confrontation, révélation et rebondissement final. Pourtant, Yoshiaki parvient à nous tenir en haleine, semant de nombreux indices qui laissent présager des mystères plus vastes. La tension entre l'humour léger de certaines interactions et la brutalité des expériences et des combats apporte de la variété au récit et captive le lecteur. Côté dessin, Yoshiaki déploie un style puissant et varié. Les scènes d'action, dynamiques grâce à un trait précis et à une mise en page qui exploite le chaos et l'énergie des combats, sont saisissantes. Les créatures cosmiques, aux formes grotesques et organiques, sont inquiétantes et contrastent fortement avec l'humanité expressive des personnages. Les visages, notamment ceux de Sumire et Hazuki, traduisent une large palette d'émotions, renforçant l'empathie du lecteur pour leur souffrance, leur colère ou leur détermination. Enfin, les moments plus légers sont les bienvenus : l'humour graphique offre un répit bienvenu face à la tension.
VERDICT
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En définitive, ce tome 2 de Rai Rai Rai n'est pas qu'une simple suite, mais un véritable enrichissement à tous les niveaux. Plus de personnages, plus de profondeur, plus de dilemmes et plus d'émotion. Sumire confirme son statut d'héroïne tragique, prisonnière d'un destin inéluctable, tandis que des figures comme Hazuki, Kiyoharu et Duskin enrichissent le récit de leurs propres conflits intérieurs. Yoshiaki construit un univers où l'action palpitante côtoie une réflexion sociale et morale sur le recours à la force, la maîtrise de l'inconnu et le coût humain de la guerre contre l'extraterrestre.